Notes sur Hamlet

« Qui va là ? »: tout est dans ces mots.

Qui suis-je ? Quel est mon nom ? Qui va là ? Y a-t-il  quelqu’un ? Poser le pied sur un plateau, c’est à chaque fois passer l’épreuve de la question de l’être.  Et y répondre.

Personne n’y échappe. Jouer sous peine de mort.

Qui va là ? : le Vengeur. Claudius pourrait le dire à l’issue de la souricière. Le fantôme, point de départ de toutes nos histoires de vie, d’être – à soi-même

Qui va là ? le théâtre.

Le Spectre 

Le Roi n’est pas mort. Ni mort ni vivant, bloqué dans un no man’s land, sans repos. Il ne peut que hanter la Terre indéfiniment. Hanter les vivants. Hamlet seul voit le fantôme et, pour vérifier son existence, le touchera. Il en sera contaminé.

La scène raconte l’emprise du père. Hamlet sera écrasé par cette injonction, cette exigence de « réparer le monde ». Héritage trop lourd pour un fils unique, jeune de surcroît. Couronne empoisonnée. Mais les couronnes ne sont-elles pas toutes “empoisonnées” chez Shakespeare ?
La place du Roi est la place du prochain mort: ainsi va le cycle de l’Histoire.

Ne m’oublie pas. Sinon je te poursuivrai éternellement.

Le vieux Roi distille ses paroles de la même manière que Claudius a versé le liquide meurtrier dans l’oreille de son frère. Le geste est le même. Hamlet se bouchera les oreilles, ne  pourra pas entendre.

Interdiction du suicide par le Père. To be or not to be

Comme si le compte à rebours avait commencé

L’investiture de Claudius

Une scène publique qui dévoile l’intime – spectacle totalement obscène que ce nouveau couple royal qui s’affiche au grand jour. Appétit sexuel des deux côtés.  La main au cul.

Claudius exulte. : il a la Rolleix (la couronne) et la Reine. Ivresse du pouvoir. Bling bling. Gertrude vient de découvrir la jouissance. Elle parle de son orgasme et Hamlet vomit

Mise en scène: de la musique italienne: cigares, rires, champagne. Jets de billets de banque ou on les brûle. Cocaïne ou extasy. Presque une boîte: Hamlet refuse d’entrer dans la danse.

La victoire de Claudius, c’est d’abord la victoire de la vie sur la mort, la victoire de la nouvelle génération: la mort des pères (son discours ne parle que de cela). Entendre le meurtre du Père. Cet inceste et ce meurtre, affiché et revendiqué, c’est le scandale par excellence de la pièce, celui qui fait se retourner le Monde sur lui-même. Time is out of joint. Renversement de toutes les valeurs.

Pas le temps pour le deuil. La vie est exaltée, dans sa sauvagerie primaire: la jouissance sans entrave, hors la Loi. Voici ce que pose la scène de l’investiture.

Gertrud n’est pas insensible à la souffrance de son fils et ne cessera de s’en inquiéter de plus en plus dans la pièce, mais là, dans cette scène inaugurale, il faut tourner la page, détacher les yeux de la terre endeuillée, la vie est si agréable ! elle a choisi Claudius et la force de la séduction qu’il incarne à ce moment là: l’Oubli. On s’éclate, on jouit, on consomme, on brûle la vie par les deux bouts: c’est le Nouveau Monde – une société de consommation débridée, le retour à la société sauvage. Fin de la civilisation – laquelle ne tient que par ce qu’il y a transmission. Là, le fil est rompu avec fracas et jubilation. Au diable la mémoire, vive l’instant présent.

Nul doute que Gertrud trouve en Claudius une nouvelle jeunesse: l’inceste est alors vécu des deux côtés et nous pouvons imaginer que jamais homme ne l’a regardée ainsi, comme un être de chair, exclusivement sexuel. “Ô souillure, souillure de la chair” dira Hamlet.

Pour Hamlet, tout va trop vite. Pas de place pour lui. De la terre sur son sol ?sert-il l’urne funéraire de son père ? A trouver… Des cendres contre son coeur.

Alors que l’amour de Claudius pour Gertrud est affiché sans pudeur, autorisé, celui de Hamlet a toujours été caché. Le Roi, occupé ailleurs, devait sans doute être souvent absent, durant son enfance. Se retrouvant ainsi souvent seuls, le petit grimpait dans le lit de la mère.

Hamlet ou le théâtre de la folie.

Note au comédien: pas triste ! comme un papillon se cognant contre la vitre: terriblement vivant, rapide, lucide. Insolence, rage, humour, aimant passionnément, haine, fuite etc… Hamlet, mélange de prince (subtilité de l’esprit) et de voyou (postures de racaille)

La folie est à la fois dénonciation et protection. A la fois feinte, simulée et réelle. Les deux à la fois.

Ainsi du théâtre. Lequel est censé être, pour le pouvoir, le meilleur piège.

Hamlet joue donc à être le Fou (the Fool) de ce nouveau monde, d’en être le miroir le plus fidèle – ce monde où plus rien n’a de sens puisque toutes ses valeurs sont “renversées”: le sourire =  une grimace; le blanc = le noir etc.. Carnaval. Bouffonnerie.

Mais la folie est aussi symptôme réel: seule issue (inconsciente) pour survivre dans ce monde devenu fou. Il n’y a pas d’autre monde en dehors de celui-là, je dois donc m’y « adapter » de quelque manière que ce soit. Ce monde est devenu mon monde. Ainsi, après la visite du spectre, Hamlet désignera son cerveau, comme un globe détraqué.

La folie est donc là la fois le masque et le révélateur des vérités cachées de la pièce.

La seule porte de sortie étant évidemment le suicide… lequel demeure interdit

Ophélie

Important travail corporel pour la comédienne: quasi danse – liberté totale du corps, secoué et  traversé par d’innombrables sentiments, paradoxaux. A l’image du monde.
Ophélie c’est le Monde.

La folie d’Ophélie prend le visage du deuil impossible. En ce sens, Hamlet et Ophélie se rejoignent. Deux enfants jumeaux.

A partir de la scène des fleurs, la série des morts est annoncée. Il ne fallait pas sacrifier les enfants (Ophélie, Hamlet). Ils vont mourir et les parents aussi.

Cassandre.

La visite du Spectre  dans la chambre de la mère

Penser aux « Damnés » (Visconti)

Le désir incestueux vient de Gertrud, qui ne sait pas ce qu’elle fait, en le convoquant en tenue légère: pour elle, c’est encore et toujours un enfant

Scène à deux puis au moment de l’inceste, apparition du père:  voir comment les 3 corps se trouvent s’évitent… corps à corps

Finir par le cri d’Horatio et Heiner Muller

Le rôle de Horatio est primordial, la colonne vertébrale de la pièce. C’est lui qui est le témoin et l’unique spectateur.

Finir par le cri d’Horatio, au milieu de tous ces cadavres.

Un cri ininterrompu de plusieurs minutes: « Non ! »

Un « Non ! » répété, hurlé, jusqu’à ce que le corps n’ait plus de voix.

Finir par un Horatio hurlant, essayant de réveiller un à un les cadavres, corps inertes des acteurs. Les dévêtir de leurs costumes, de ce qui les a conduit au drame. Les déplacer. Défaire la scène par tous les moyens. Déplacer les décors. Mettre le plateau sens dessus dessous. Ouvrir grand les rideaux qui masquent les coulisses. Et à chaque fois, ce cri, hurlé: « Non ! »

Puis, enfin, les pieds dans ce chaos, ruisselant, impuissant: « Je ne veux plus jouer » de Heiner Müller.

Préférer cette fin à celle écrite par Shakespeare.

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