Notes sur Hamlet

A propos du spectacle

« Qui va là ? »: tout est dans ces mots.

Qui suis-je ? Quel est mon nom ? Qui va là ? Y a-t-il  quelqu’un ?

Poser le pied sur un plateau, c’est à chaque fois passer l’épreuve de la question de l’être.  Et y répondre. Personne n’y échappe. Jouer sous peine de mort.

Qui va là ? : le Vengeur. Claudius pourrait le dire à l’issue de la souricière.

Le fantôme, point de départ de toutes nos histoires de vie, d’être – à soi-même

Qui va là ? le théâtre.

Le Spectre et Hamlet

Le Spectre parle de l’horreur de ce qu’il vit: ni mort ni vivant, bloqué dans un no man’s land, sans repos.  Il ne peut que passer et repasser indéfiniment. Hanter les vivants. Hamlet seul voit le fantôme et, pour vérifier son existence, le touchera. Il en sera contaminé.

L’emprise du père. Ses révélations sont énormes mais ce qui écrasera le plus Hamlet, c’est cette injonction, cette exigence de « réparer le monde ». Héritage trop lourd pour un fils unique, jeune de surcroît.  Drôle de couronne.

« Sors moi de là » = enterre-moi une bonne fois pour toutes = ne m’oublie pas, ne me laisse pas seul sinon… je te poursuivrai éternellement.

« Sois un homme » « sois comme moi, Hamlet ». Hamlet se bouche les oreilles, ne  pourra pas entendre.

Interdiction du suicide par le Père. To be or not to be

Comme si le compte à rebours avait commencé

Hamlet

Pas triste ! comme un papillon se cognant contre la vitre: terriblement vivant, rapide, lucide. Insolence, rage, humour, aimant passionnément, haine, fuite etc…

Surveillé des deux côtés: par le pouvoir (Claudius) et par le Père. 

Il est dans cet espace là, à devenir fou.

La folie est la seule issue pour rester vivant dans un monde devenu fou.

L’investiture de Claudius

Une scène politique, publique donc mais aussi intime: totalement obscène. Le couple ne se cache plus. Grand appétit sexuel des deux côtés.  La main au cul. 

Bling bling. Le pouvoir pour Claudius: il a la Rolleix et la Reine 

Gertrude vient de découvrir la jouissance. Elle parle de son orgasme et Hamlet vomit

De la musique italienne: cigares, rires, champagne. Jets de billets de banque ou on les brûle. Cocaïne ou extasy. Presque une boîte: Hamlet refuse d’entrer dans la danse

Faut que ça avance, gai, vivant, tempo rapide. La victoire de Claudius =  victoire de la vie sur la mort (le discours ne parle que de cela)

Hamlet le silence dans la tête et le bruit au dehors.

Tout va trop vite: indécence. Hamlet a les pieds dans la terre encore – ou bien un bocal de cendres ?

Gertrud: « Viens Hamlet avec moi, sois avec nous. Etre vivant: cette nouvelle chose est si agréable ! » Elle souffre pour lui et le comprend mais elle choisit Claudius et la force qu’il incarne à ce moment là: on s’éclate, on jouit, on consomme, on brûle la vie par les deux bouts: c’est le NOUVEAU RÉGIME – société de consommation: on vit au PRÉSENT. USA

Claudius: la couronne, ne doit pas coller au personnage (Hamlet le dit) 

Gertrud: elle trouve en lui une nouvelle jeunesse, pour la première fois, regardée comme jamais un homme l’a regardée.  

L’amour de Claudius est affiché sans pudeur, autorisé.

Celui d’Hamlet a toujours été caché. Ils ont toujours été proches, très proches. Je pense que le père était souvent absent. Ils se retrouvaient seuls, souvent le petit grimpait dans le lit de la mère.

Claudius rêve depuis toujours de tuer/détrôner son frère. Il trouve là le courage car il plaît à Gertrud. Sa façon d’être a séduit Gertrud. il se sent vaillant et passe à l’acte, sans rien lui dire. Il peut enfin vivre son rêve

Hamlet – folie

Hamlet, mélange de prince (subtilité de l’esprit) et de voyou (postures de racaille)

L’ère de la bouffonnerie: l’ancien monde est mort,  le nouveau monde est là: rien n’a plus de sens, tout est à l’envers: le sourire =  une grimace; le blanc = le noir etc..

Etre le Fou de ce nouveau monde, miroir déformant (ne pas avoir peur de tout d’un coup grimacer: faire le con)

Après la visite du spectre: le monde = désordre, le cerveau aussi (globe détraqué). Je vais le mimer ce désordre, puisque ça m’a mis le foutoir dans la tête.

Pas le couteau, mais les mots qui font office de couteau. Envie de frapper en permanence mais se retient.

La folie comme protection.

La folie est là la fois le masque et le révélateur des vérités cachées de la pièce. 

Il n’y a pas d’autre monde en dehors de celui-là, donc je dois m’y « adapter » de quelque manière que ce soit = ce monde est devenu mon monde… peut être un bon guide de lecture de l’ensemble de la pièce pour Hamlet.

La seule porte de sortie étant évidemment le suicide…

Le suicide est constant chez Hamlet car il ne peut croire en personne.

Ophélie

Important travail corporel: quasi danse – liberté totale du corps traversé par plusieurs sentiments

La folie d’Ophélie ressemble  à un enterrement

Les fleurs: à partir de là, la série des morts est annoncée. Il ne fallait pas sacrifier les enfants (Ophélie, Hamlet). Ils vont mourir et les parents aussi.

Cassandre

Hamlet, Gertrud et le Spectre 

Penser aux « Damnés » (Visconti)

Rétablir dans le bon sens: le désir incestueux vient plus de la mère, qui ne sait pas ce qu’elle fait, en le convoquant en tenue légère: pour elle, c’est encore et toujours un enfant

Scène à deux puis au moment de l’inceste, apparition du père. Le trio: voir comment les 3 corps se trouvent s’évitent… corps à corps

Finir par le cri d’Horatio et Heiner Muller

Le rôle de Horatio est primordial, la colonne vertébrale de la pièce. C’est lui qui est le témoin de ce carnage: ce que le pouvoir et la famille peuvent faire avec ses enfants et ses idéaux.

Finir par le cri d’Horatio, au milieu de tous ces cadavres.

Un cri ininterrompu de plusieurs minutes. « Non ! »

Un « Non ! » répété, hurlé, jusqu’à ce que le corps n’ait plus de voix.

En essayant de réveiller un à un les cadavres, corps inertes des acteurs. Les dévêtir de leurs costumes, de ce qui les a conduit au drame. Les déplacer. Déplacer aussi les décors. Mettre le plateau sens dessus dessous. Ouvrir grand les rideaux qui masquent les coulisses. Défaire la scène par tous les moyens.  Et à chaque fois, ce cri, hurlé: « Non ! »

Puis, enfin, les pieds dans ce chaos, ruisselant, impuissant: « Je ne veux plus jouer ».

Heiner Müller.

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