Matériaux Shakespeare – notes

FOLIES ET UTOPIES DU MONDE

Monde ancien / nouveau monde

Toutes les pièces de Shakespeare commencent ainsi: la chute d’un ancien monde, une couronne qui tombe. Hamlet, Roi Lear, Richard III etc…

L’ancien pouvoir, qui tenait pas si mal que ça, va se trouver renversé.

A la place, un nouveau monde, cynique, cruel: les temps modernes.

Les enfants divisés: d’un côté les Hamlet, Ophélie, Cordélia, Edgar etc… lesquels recevront de plein fouet ce Temps de chaos: « Time is out of joint » et résisteront autant qu’ils peuvent avec des armes aussi diverses que variées.

De l’autre, ceux qui sont du côté du pouvoir (Edmond, les deux soeurs)

Folies

Dans les pièces de Shakespeare, beaucoup d’enfants sacrifiés à ce Nouveau Monde et qui singeront la folie ou deviendront fous. Seule Cordélia demeure à part, loin du continent de la folie et du désordre, prenant d’autres armes.

Cordélia

D’où vient-elle ? Pourquoi est-elle si différente de ses soeurs ? D’où vient ce regard inébranlable sur les choses, cette justesse ? cette maturité, et ce, dès la 1ère scène, face à ce père-roi devenu sénile et qui, dans ses caprices, met en gage sa couronne à celle qui saura lui dire combien elle l’aime, glissant subrepticement dans le rapport incestueux ?

D’où vient, de sa bouche, ce “nothing”, seule réponse à cette mise en scène ridicule du Pouvoir et annonciatrice du désordre qui va suivre ?

“Si jeune et si dure !” (Lear) “si jeune et si vraie” répliquera Cordélia, les yeux soutenant le regard du père.

Cordélia la blanche, la droite, qui lèvera une armée ailleurs et continuera à se battre jusqu’au bout.

La scène fondatrice

A cette question: “Comment tout ceci (le monde moderne et son chaos – renversement des valeurs) a-t-il commencé ?”, nous répondrons : “ Il était une fois…” Les personnages, pris dans un médaillon de lumière, comme dans un temps éloigné.

Un vieux Roi, sur le trône, et ses filles, par terre. Au sol et devant eux, un globe terrestre. La scène du partage du royaume.
Le Roi chasse la seule qui ne joue pas le jeu. 

The time is out of joint

Le globe roule à terre, les soeurs s’en emparent et dans une bande-son, tonitruante (musique, bruits de guerre etc…) fête et champagne: cris de victoire, violence des éclats de rire. Sexe et alcool. Faire venir les maris et amants, les affamés du pouvoir: les Macbeth, les Richard III, les maris des soeurs… Ils jouent au ballon, se le passent de main en main, le font valser en l’air, les soeurs le chevauchent. Ils le baisent: le monde est à eux. Une soeur s’en empare et montant sur le trône, le levant bien haut, l’éclate. Le ballon explose.  

Lear dort, ne voit rien, n’entend rien, s’étant endormi dans un coin du théâtre.

Cordélia, cachée, regarde.

Rires forts, ivresse. En explosant, une pluie de pétales rouges jaillit, parsemant le sol.  Larmes du Monde. Leurs mains sont rouges.

La couronne n’est qu’en carton, le trône est renversé, cassé.

A la fin, ils partent, continuent leur victoire ailleurs. Le plateau est nu, jonché de débris.

Cordélia s’avance sur le plateau vide, frêle puis s’agenouille

regarde le monde en morceaux

prend un tout petit bout et, regardant le public,

se le met sur le nez

un petit bout 

du monde 

en sang

Cordélia, the Fool

Elle est le clown du théâtre du monde.

Capable de ré-inventer cette folie de l’espérance, foi en l’Homme contre l’autre Folie, dévastratrice, impie.

Folie contre Folie.

Amour. Illusion. Art.

La douleur du monde sur le nez

le coeur du monde au centre du visage

et son sourire en bannière.

Tout cela, à partir d’une miette.

Elles sont toutes des Cordélia: les Ophélie, les Juliette, les Lady Ann et les Hamlet

Etre ou ne pas être, c’est là la seule question, se dit-elle à voix haute.

Elle se retourne et marche lentement vers ce dieu du passé endormi, son père brisé

– Es-tu un ange ? 

– Viens, viens papa ce n’est rien, un mauvais rêve

– Ma couronne ?

– Les loups l’ont mangée

Les rapaces sont revenus sur le plateau et contemplent le père et la fille. Lady Macbeth, accompagnée des deux soeurs fait un signe, doigt sur la gorge.

Cordélia et Lear s’en vont. Cordélia apprend une chanson à son père.

L’armée de Cordélia

Cordélia tout à l’heure lèvera une armée: une troupe de comédiens ? de fous ? Les artisans du théâtre sont du côté de la poésie.

Dites à l’ennemi que nous ne sommes pas des guerriers du dimanche

Notre magnificence et nos dorures sont toutes crottées

A marcher péniblement sous la pluie dans la campagne

Et le temps nous a rendus loqueteux, dépenaillés.

Mais nous ne fuirons pas, nous continuerons à marcher. (Henri IV)

Dans le camp adverse, de vraies armes. Bruits de mitraillette.

La lande

Le lieu de tous les fools. Nous retrouvons le vieux Roi et fin de la pièce

Lear joue avec son enfant morte, pendue dans ses bras.

Il joue cette scène qu’il n’a pas eu le temps de jouer avec elle, son adorée

Viens, allons en prison :

Nous deux seuls chanterons comme des oiseaux en cage.

Quand tu me demanderas ma bénédiction, je m’agenouillerai

Et te demanderai pardon : ainsi nous allons vivre,

Et prier, et chanter, et conter de vieux contes, et rire

Aux papillons dorés, et écouter de pauvres hères

Parler des nouvelles du monde ; et nous aussi nous parlerons avec eux

De qui perd et qui gagne, qui est en faveur, qui en disgrâce,

Et nous prétendrons expliquer le mystère des choses,

Comme si nous étions les espions des Dieux ; et nous survivrons,

Entre les murs d’une prison, aux coteries et aux factions des grands

Qui fluent et refluent avec la lune

Ceux qui ont traversé la lande ont gagné la bataille.
Le clan de la poésie est vainqueur.

Une petite fille joue au ballon.

Qui est Cordélia ?  D’où vient-elle ? Qui a pu engendrer une enfant de la sorte ? D’où a-telle tiré toute cette force ? cette foi ?

Les artisans, tous autour, de ce théâtre qui vient de se terminer. Le spectacle est fini.
Rêve de cette lande qui deviendrait peu à peu forêt.

Comment finir ?

Prospéro peut-être ? ou pas…

Notre fête est finie.

Nos acteurs se sont évaporés dans l’air, l’air si léger,

Et comme cette vision, qui est sans substance

Nos tours aussi et nos palais somptueux,

Et même ce vaste globe et ceux qui y vivent,

Tout se dissipera sans laisser au ciel une ride,

Oui, comme a disparu cette ombre de spectacle.

Nous sommes de l’étoffe dont sont tissés les rêves,

Et notre courte vie s’achève par un sommeil

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